Introduction

Tiphaine Zetlaoui

 

Le présent dossier entend s’intéresser aux évolutions récentes des travaux de recherche menés en sciences de l’information et de la communication à travers leurs appareillages théoriques. Les contributeurs s’attachent à mettre en évidence la manière dont ils ont essayé d’œuvrer au renouvellement de certaines théories, concepts ou modèles de communication en apportant des modifications au socle référentiel de leur domaine d’étude. Les auteurs de ce numéro pour la plupart de jeunes chercheurs en SIC, nous livrent pour l’occasion une réflexion éclairante sur leurs manières d’agir (Boure, 1997) en nous ouvrant la « boîte noire » de leurs pratiques de recherche (Granjon, George, 2014).

Lydie Lenne revient sur ce qui l’a conduite durant son doctorat à « reinventer des outils de recherche » dans le but de saisir au plus près les dynamiques sociales qui se jouent à l’échelle d’un quartier et de comprendre au niveau empirique les tenants et aboutissants d’un « vivre-ensemble » urbain. L’auteure restitue à cet égard avec minutie le cheminement de pensée qui l’a amenée à établir un audacieux cadre méthodologique de recherche en choisissant d’adopter une posture pour le moins innovante en SIC, l’approche clinique.

Quant à Morgane Belhadi dont le travail doctoral est en cours d’achèvement, son esprit d’innovation se manifeste dans le choix même de son objet d’étude et de sa formulation. En ne s’intéressant pas stricto sensu à l’idéologie populiste mais à sa dimension esthétique, l’auteure nous emmène dans un domaine de recherche encore peu exploré par les chercheurs des sciences sociales et notamment des SIC. Morgane Belhadi nous livre ici une réflexion pour ainsi dire pionnière sur les modalités d’expressions et de représentations sémio-visuelles d’une esthétique populiste qui seraient susceptibles de nous permettre d’identifier l’existence d’une grammaire iconographique en matière d’idéologie populiste.

Dans un registre similaire, Thibault Jeandemange défriche un terrain également peu étudié voire déconsidéré : les musiques de campagnes électorales.  En examinant les rouages communicationnels et notamment symboliques des musiques mobilisées dans des clips et hymnes de campagnes, l’auteur nous montre à contre-mouvement, à quel point l’esthétique musicale est primordiale pour comprendre les stratégies de pouvoirs auxquels se livrent les partis et candidats politiques pour promouvoir et affirmer leurs idées auprès du grand public.

C’est certainement en sortant des sentiers battus en matière d’approche scientifique et en opérant avec un sens aigu du bricolage ou de la « cuisine théorique » (Bouillon, Bourdin, Loneux, 2007) que Laetitia Grosjean a réussi à saisir la complexité symbolique de son objet d’étude : le Musée du Quai Branly. L’auteur qui revient pour sa part sur les raisons qui l’ont conduite à procéder durant sa thèse avec un esprit certain d’éclectisme méthodologique nous montre par là même combien il est important pour un chercheur de prendre des risques et de les assumer jusqu’au bout si l’on souhaite que la récolte des résultats soit la meilleure possible. Néanmoins, parfois comme en témoigne notre propre expérience relatée dans notre article à propos de l’élaboration durant notre thèse d’une quatrième catégorie métaphorique de la communication, cette prise de risque peut s’avérer particulièrement épineuse. D’autant plus épineuse qu’elle implique une refondation des présupposés théoriques issus des travaux de son directeur de thèse et qu’elle vient a fortiori également menacer un système de recherche basé sur une logique de renforcement des « enclos académiques » (Mattelart, 1996).

En définitive, si l’ensemble de ces contributions apportent une autre façon de penser en posant un regard critique, évolutif voire disruptif sur le réel observé, il n’en demeure pas moins que ces récits réflexifs sont le fait d’un contexte institutionnel en quête et en cours de transition…

 

Comité scientifique :

Jérémie Derhi, Université Sorbonne Nouvelle Paris3.

Zineb Majdouli, Université catholique de Lille.

Noza Smati, Lille Université.

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