N°1 | Le langage de l’art : pour une sémiotique de l’ostension

Par Gilles Lévêque, ULCO

 

Résumé :

Partant de l’idée selon laquelle une œuvre d’art n’est pas codée comme un langage, ce travail constate cependant que l’œuvre d’art appelle le regard, par quoi elle fait signe vers le spectateur, comme si elle était pointée du doigt. Voilà qui permet de dire que l’œuvre d’art relève d’une sémiotique de l’ostension dont ce travail est l’esquisse. Le geste d’ostension est cependant muet dans le champ de l’art (si l’on excepte le paratexte souvent laconique). Il n’est donc intelligible que parce qu’il s’appuie sur un discours implicite considéré comme allant de soi qui détermine a priori, pour chaque culture et à chaque époque, comment il convient de regarder une œuvre d’art, ce qu’il convient d’y regarder et pourquoi. Il apparaît que ce discours implicite est constitutif d’une catégorisation à chaque fois déterminée, qui vient gouverner la sémiose de l’œuvre d’art. Ce sont les éléments fondamentaux qui articulent principiellement cette catégorisation qui sont ici présentés, pour finir par en appeler, avec la sémiotique de l’ostension, à une histoire et une géographie culturelle du regard esthétique.

 

Abstract :

Beginning with the idea that a work of art is not codified as a language, this paper observes, however, that the work of art summons the gaze, it waves to the viewer, as if it were pointed at. This makes it possible to say that the work of art has to do with a semiotic of ostension, which this paper means to outline. The act of ostension, however, is silent in the field of art (except for the often laconic paratext). It is therefore intelligible only because it is based on an implicit discourse that is considered to be self-evident and that determines, a priori, for each culture and at each epoch, how to look at a work of art, what should be looked at and why. It appears that this implicit discourse is constitutive of a categorization that is determined each time, which comes to govern the semiosis of the work of art. The fundamental elements which articulate this categorization are presented here, and then, with the semiotics of ostension, a history and a cultural geography of the aesthetic gaze will be called forth.

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