N°1 | Introduction – Vices et vertus du plagiat dans la littérature américaine contemporaine

 

Par Frédérique Spill (Université de Picardie Jules Verne) et Gérald Préher (FLSH, Université Catholique de Lille)

 

Un modèle se définit communément comme une chose ou une personne qui, en vertu de ses caractéristiques et souvent de ses qualités, sert de référence à l’imitation ou à la reproduction. Nombreux sont les écrivains américains qui, ouvertement et sans afféterie, revendiquent leurs modèles. Longtemps empruntés au vieux continent (ainsi Shakespeare détient-il sans nul doute une position immuable à la tête du palmarès des modèles littéraires), ces modèles sont aussi bien susceptibles d’être engendrés par l’Amérique elle-même : parmi eux, William Faulkner a été—et il est probablement encore—un modèle écrasant, que Flannery O’Connor, se frayant une voie dans son sillage, comparait astucieusement à la locomotive vrombissante du Dixie Limited. Dans un article intitulé “Faulkner’s Enduring Dixie Limited”, Thomas Inge fait porter l’ombre et l’influence de Faulkner, revendiquée par des auteurs aussi variés que Lillian Hellman, Richard Wright, Chester Himes, William Styron, Richard Ford, Cormac McCarthy, Toni Morrison et Ron Rash (pour n’en citer que quelques-uns), jusqu’à la Chine contemporaine : ainsi Mo Yan, détenteur du Prix Nobel de Littérature 2012, se réclame-t-il de Faulkner, Le Bruit et la fureur étant, de son propre aveu, l’un des romans qui ont le plus marqué son travail d’écrivain.

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N°1 | Vices et vertus du plagiat dans la littérature américaine contemporaine

Sommaire 

 

Introduction – Vices et vertus du plagiat dans la littérature américaine contemporaine – Frédérique SPILL et Gérald PREHER

Article – Quel rapport avec la morale ? Plagiarisme, réécriture des modèles et valeurs littéraires – Kerin PERROMAT

Article – Echoes of Yoknapatawpha : William Faulkner’s Universe between Parody and Plagiarism – Ineke BOCKTING

Article – Anne Sexton, ou le ‘plagiat » féministe des contes de fée – Nicole OLLIER

Entretien – Entretien avec Stéphane Daniel – Tiphaine ZETLAOUI

Varia – Le langage de l’art : pour une sémiotique de l’ostension –  Gilles LEVÊQUE

Fiche de lecture – Le canard enchaîné : l’information mise en scène – Jérôme ROUDIER

Fiche de lecture – Pourquoi l’Amérique nous espionne ? – Tiphaine ZETLAOUI

N°1 | Le langage de l’art : pour une sémiotique de l’ostension

Par Gilles Lévêque, ULCO

 

Résumé :

Partant de l’idée selon laquelle une œuvre d’art n’est pas codée comme un langage, ce travail constate cependant que l’œuvre d’art appelle le regard, par quoi elle fait signe vers le spectateur, comme si elle était pointée du doigt. Voilà qui permet de dire que l’œuvre d’art relève d’une sémiotique de l’ostension dont ce travail est l’esquisse. Le geste d’ostension est cependant muet dans le champ de l’art (si l’on excepte le paratexte souvent laconique). Il n’est donc intelligible que parce qu’il s’appuie sur un discours implicite considéré comme allant de soi qui détermine a priori, pour chaque culture et à chaque époque, comment il convient de regarder une œuvre d’art, ce qu’il convient d’y regarder et pourquoi. Il apparaît que ce discours implicite est constitutif d’une catégorisation à chaque fois déterminée, qui vient gouverner la sémiose de l’œuvre d’art. Ce sont les éléments fondamentaux qui articulent principiellement cette catégorisation qui sont ici présentés, pour finir par en appeler, avec la sémiotique de l’ostension, à une histoire et une géographie culturelle du regard esthétique.

 

Abstract :

Beginning with the idea that a work of art is not codified as a language, this paper observes, however, that the work of art summons the gaze, it waves to the viewer, as if it were pointed at. This makes it possible to say that the work of art has to do with a semiotic of ostension, which this paper means to outline. The act of ostension, however, is silent in the field of art (except for the often laconic paratext). It is therefore intelligible only because it is based on an implicit discourse that is considered to be self-evident and that determines, a priori, for each culture and at each epoch, how to look at a work of art, what should be looked at and why. It appears that this implicit discourse is constitutive of a categorization that is determined each time, which comes to govern the semiosis of the work of art. The fundamental elements which articulate this categorization are presented here, and then, with the semiotics of ostension, a history and a cultural geography of the aesthetic gaze will be called forth.

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N°1 | Le canard enchaîné : l’information mise en scène, de Didier Halloy

 

Le canard enchaîné : l’information mise en scène , Didier HALLOY

Paris, l’Harmattan, coll. Questions contemporaines, série « Questions de communication », 2016, 291 pages

 

 

Le canard enchaîné : l’information mise en scène est un ouvrage de Didier Halloy édité chez l’Harmattan dans la collection Questions contemporaines, série « Questions de communication », dirigée par Bruno Péquignot. Le Canard est une institution française bien connue, particulièrement originale dans notre paysage médiatique. Depuis un siècle, aucune annonce publicitaire ne figure au sein de l’hebdomadaire du mercredi, propriété de ses journalistes, à l’indépendance jalouse et maintes fois réaffirmée. Le Canard refuse également de paraître et d’exister sur internet, même s’il a acheté les noms de sites qui pourraient prêter à confusion. Il n’est pas sur les réseaux sociaux. Le titre judicieux de l’ouvrage, l’information mise en scène renvoie bien à cette réalité singulière, appréciée de ses lecteurs : le Canard avance démasqué. Il affiche ouvertement sa verve satirique, par son sous-titre d’abord : « Journal satirique paraissant le mercredi » et sa devise en haut de la dernière page, sous le rappel du titre : « la liberté de la presse ne s’use que quand on ne s’en sert pas. ».

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N°1 | Pourquoi l’Amérique nous espionne ? , de Olivier Chopin

 

Pourquoi l’Amérique nous espionne ? Olivier CHOPIN

Éd. Hikari, coll. Enquête d’ailleurs, 2014.

 

 

Pourquoi l’Amérique nous espionne ? C’est certainement parce que cette question taraude, depuis l’affaire Snowden, un certain nombre de citoyens français qu’Olivier Chopin en a fait l’objet et l’intitulé de son essai. Il faut dire que la collection qu’il dirige, « Enquête d’ailleurs », invite les auteurs à s’intéresser à un sujet de société contemporaine et à formuler un titre sous forme de question. Les auteurs s’appliquent alors à répondre à leur interrogation par le biais de chapitres dont chaque intitulé est introduit par un percutant « Parce que ».

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